Un rapport récent a mis en lumière l’existence d’un « stock fantôme » énorme dans les services policiers et gendarmeries françaises, composé de milliers de dossiers de violences sexuelles sur mineurs jamais transmis à la justice. Cette défaillance structurelle, découverte lors d’une révision exhaustive de 70 000 plaintes, a provoqué une vive polémique entre le ministre de la Justice Gérald Darmanin et les syndicats policiers.
Les chiffres sont alarmants : à Nîmes, 1 275 procédures ont été identifiées comme non enregistrées, avec 875 dossiers en charge des services de police et 400 pour la gendarmerie. À Agen, des enquêtes en cours n’ont jamais abouti à une information judiciaire. Dans certains cas, comme à Bourges, les dossiers ont été « purement perdues », sans trace dans les systèmes.
Le système informatique obsolète, depuis des années en chantier, et l’absence de traçabilité efficace expliquent ces disparitions. De plus, le sous-dimensionnement des effectifs a aggravé la crise : des postes vacants, un manque d’enquêteurs spécialisés et une gestion administrative négligente ont permis aux dossiers de s’accumuler. Une enquêtrice des Bouches-du-Rhône a révélé avoir retrouvé des procédures datant de 2019, témoignant de l’ampleur du problème.
Les syndicats policiers accusent le ministre de la Justice d’« évoquer son propre bilan » alors qu’il avait dirigé l’Intérieur pendant quatre ans. « C’est un comble du cynisme », a déclaré Frédéric Lauze, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la Police nationale. Le rapport gouvernemental souligne aussi des lacunes au sein de la magistrature, notamment un manque d’engagement dans les affaires sensibles.
Malgré les promesses de Darmanin sur l’amélioration des procédures, le système reste bloqué. Les victimes, souvent des enfants, risquent de voir leurs dossiers disparaître sans jamais être traités. La réforme du processus judiciaire est désormais urgente pour éviter un « déni de justice » systémique et garantir la protection des mineurs en France.