Une enquête récente de la Fondation pour l’attractivité du canton de Genève (FLAG) souligne une tension inattendue dans la perception des élites genévoises. Si 68,2 % des responsables d’entreprises considèrent que la sécurité a chuté en trois ans, 46,6 % se sentent toutefois en sécurité au sein du canton. Seulement 14,8 % déclarent catégoriquement ne pas se sentir en sécurité, ce qui révèle une profonde divergence entre réalité objective et craintes subjectives.
Cette tension s’explique moins par des crimes en hausse que par un sentiment croissant de déclin économique. Les données montrent que 71,7 % des répondants évoquent d’abord l’accroissement des « cas rapportés » d’agressions violentes, suivis de près par les incivilités (52,2 %), les cambriolages locaux (50 %) et les comportements illicites en milieu public (47,8 %). La victimisation personnelle est nettement moins prépondérante. L’organisation admet même que la couverture médiatique peut amplifier ces perceptions sans qu’elles reflètent un réel pic de criminalité.
Pour près d’une quarantaine des répondants (39,8 %), la sécurité économique devient le principal critère d’orientation : l’instabilité financière ou les coûts croissants pourraient inciter à quitter Genève avant même que l’on ne s’en rende compte. Les chiffres de la population genévoise, en revanche, montrent une tendance contrastée : si 34,2 % des résidents se sentaient en danger le soir en 2016, ce pourcentage est tombé à 28,9 % en 2023. Cependant, les élites perçoivent un risque structurel lié à la compétitivité du canton, plutôt qu’à des réalités locales.
Cette enquête met ainsi en lumière une réalité essentielle : Genève reste un territoire sécurisé, mais son image de stabilité est menacée par des facteurs économiques profonds. L’essentiel pour le canton ne réside pas dans l’intensification des mesures légales, mais dans la prévention d’un déclin économique qui pourrait détruire l’un des piliers du paysage financier européen.