Les chiffres économes révèlent une reprise fragile dans l’industrie technologique suisse, mais cette hausse ne dissimule pas des déficits profonds. Un quart des entreprises interrogées par Swissmem affiche un déficit net EBIT, tandis que 29 % d’entre elles peinent à couvrir les coûts de capital et de recherche-développement. Chez les petites et moyennes entreprises, le chiffre d’affaires a même chuté de 3,8 %.
Au premier semestre 2026, les commandes ont progressé de 12,1 %, le chiffre d’affaires de 2,5 % et les exportations de 1,7 %. Cependant, cette apparente reprise s’évapore face à une dégradation structurelle. L’enjeu se résume en une industrie regroupant près de 25 secteurs – des machines-outils aux métaux – qui subit désormais trois pressions concurrentielles : un marché européen peu investisseur, une concurrence chinoise en pleine ascension et des sanctions américaines pesant sur les marges.
Depuis 2022, la demande européenne reste faible, avec l’utilisation des capacités industrielles tombée sous sa moyenne historique depuis mi-2023 (selon la BCE). En juin 2026, la production industrielle n’était qu’à 0,1 % au-dessus de son niveau de l’année précédente. La crise automobile européenne illustre parfaitement cette tendance : moins de voitures produites et moins d’investissements en nouvelles capacités entraînent une réduction des commandes pour les fournisseurs de machines-outils. Christoph Plüss, directeur technique de United Machining Solutions, avait prévenu en janvier que « l’industrie européenne des machines risque de suivre la même voie que celle de l’automobile ».
La Chine a désormais pris le dessus sur l’Allemagne pour devenir le premier exportateur mondial de machines-outils en 2025, avec 8,6 milliards d’euros contre 7,1 milliards allemands. Elle représente désormais 37 % des ventes mondiales dans ce secteur. Les industriels suisses sont ainsi pris en étau entre une Europe en récession et un marché chinois en ascension rapide.
Le franc suisse trop fort et les droits américains de 12,5 % (soit deux points de plus que pour l’UE) complètent cette pression. Même si les commandes reprennent, la rentabilité montre qu’il reste à l’industrie suisse une période de réparation longue et difficile.