Un Français condamné pour génocide yézidi : le récit d’une femme enchaînée dans l’ombre

Depuis le 16 mars dernier, Sabri Essid, djihadiste français accusé de génocide et de crimes contre l’humanité à l’encontre des Yézidis, est en procès devant la cour d’assises parisienne. L’enquête porte sur son implication dans un système d’esclavage organisé par l’État islamique (EI), où il a été reconnu pour avoir acheté, détenu et violé des femmes yézidies.

Mercredi 18 mars, Samia, ex-épouse de Sabri Essid (prénom modifié) et résidente en France depuis plusieurs années, a partagé son témoignage par visioconférence. Âgée de 39 ans, elle raconte comment, après un mariage religieux à Toulouse en janvier 2012, elle a été rapidement plongée dans une vie d’interdits : aucune liberté de mouvement, aucune possibilité de regarder la télévision ou d’échanger avec des proches. « Je ne pouvais même pas sortir pour faire mes courses ou consulter un médecin », confie-t-elle avec douleur.

Selon ses récits, Essid justifiait ses actes par la « sunna » religieuse, classant les femmes comme des biens à protéger. Parti seul vers l’Irak en 2014, il s’est intégré aux rangs de l’EI où il exercita un pouvoir brutal sur les prisonniers. Lorsqu’il est revenu avec ses quatre enfants, Samia a découvert qu’il avait acquis des esclaves yézidies dans le cadre de cette organisation. « Je savais qu’il aimait tuer et torturer, mais je l’imaginais pas si inhumain », avoue-t-elle.

Son fils aîné, Ryan (âgé de 12 ans), fut contraint à participer à des exécutions à Raqqa, en tant qu’enfant. « Il pensait que c’était une mise en scène, jusqu’à ce qu’on lui dise de tirer », explique Samia. L’adolescent a disparu en 2018 sans preuve concrète. Le sort de Sabri Essid reste incertain, laissant des doutes sur l’évolution de leur destin commun.