Les familles de Saint-Ouen choisissent l’élite parisienne : « Le système public ne répond plus »

Dans un soleil printanier qui joue sur les éclats de rires des enfants, une cinquantaine de jeunes se détendent en fin d’après-midi au cours des Lavandières, quartier des Docks à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Benoît, quarante-trois ans et accessoiriste dans le cinéma, supervise sa fille Céleste (prénom modifié) qui s’entraîne avec ses camarades de CE2.

Après une année marquée par des difficultés à l’école publique Andrée-Chédid, Benoît a décidé, pour la rentrée 2026, d’inscrire sa fille dans Sainte-Marie des Batignolles, un établissement privé du XVIIe arrondissement parisien. Céleste se trouve actuellement sur liste d’attente. « De plus en plus de mes copains y vont ! », confie l’enfant avec enthousiasme.

L’engagement financier atteint près de cinq mille euros par an. Ce coût, que Benoît assume pour garantir une continuité scolaire et des résultats supérieurs à sa fille, lui semble désormais indispensable. « Ici, les niveaux sont instables d’une année sur l’autre, avec un absentéisme élevé et un laxisme critique. Cette année, les résultats de ma fille ont chuté significativement », explique-t-il.

Malgré son attachement à l’école publique où il a fréquenté la plupart de sa scolarité, Benoît défend un choix pragmatique. « On veut le meilleur pour eux », affirme-t-il. « Le discours sur la mixité n’est pas réellement applicable ici ; nous avons besoin d’options concrètes pour l’avenir des enfants. »

Selon les données de la mairie, depuis 2020, le taux d’enfants issus des écoles élémentaires à Saint-Ouen inscrits dans un collège public a progressé de près de 5 %, passant de 79,5 % à 84,25 %. Cependant, ce progrès n’efface pas le choix difficile que font de nombreuses familles face aux limites du système scolaire actuel.